Impact: Sodecoton, patrimoine sous-coté du Septentrion
Pour ce qu’elle représente pour le Septentrion sur les plans économique et social, la Société de développement du coton ne bénéficie pas des attentions qu’elle mérite. Il n’est pas tard pour l’Etat d’en faire une entreprise championne.
En octobre 2025, alors que Garoua s’embrase sous les effets de la contestation post-électorale, les manifestants pro-Tchiroma se gardent bien de toucher à leur précieuse entreprise : la Sodecoton. Pendant plusieurs jours, et alors que le candidat déclaré perdant par le Conseil constitutionnel, Issa Tchiroma y a établi son fief, Garoua, bouille loin des infrastructures pourtant exposées de la Sodecoton. Nous avons connu une baisse d’activités pendant 15 jours mais nous n’avons pas été touchés. Personne ne veut que cela s’arrête, même pas les opposants », témoigne le directeur général de la Sodecoton, Mohammadou Bayero. En effet, même si le vent de révolte a pénalisé l’entreprise cotonnière, cette dernière n’a subi aucune perte liée à ces événements grâce à une conscience collective partagée : la Sodecoton appartient davantage aux habitants du Grand-Nord qu’aux pouvoirs publics, c’est leur patrimoine commun.
« On accorde bien plus de place au débat public sur les questions de cacao ou de banane que de coton, ce qui peut donner l’impression qu’on se préoccupe peu du sort de la Sodecoton alors que sa place est centrale dans l’environnement socio-économique des trois Régions septentrionales », s’énerve un fils de Garoua. En l’occurrence, la Sodecoton n’est pas à l’abri des risques et incertitudes inhérents à son secteur. Notamment les perturbations climatiques qui pourraient la mettre en difficulté à court terme. En effet, le climat est devenu très instable et la pluviométrie irrégulière et imprévisible dans les bassins de production où les inondations alternent avec des poches de sècheresse.
A côté, il faut noter la baisse des cours mondiaux du coton en chute libre depuis trois ans. Ils se situent actuellement à moins de 900 FCFA le kilogramme, puis en deçà du prix de revient estimé à 1 200 FCFA/kg. L’Etat n’a lui-même pas versé à la Confédération nationale des producteurs de coton du Cameroun (CNPCC) leurs subventions depuis 2022, tout comme il a « oublié » de rembourser à la Sodecoton les crédits TVA et les dépenses engagées dans la mission de service public. A titre de rappel, la Sodecoton entretient chaque année 8 000 km de pistes rurales.
De plus, la vétusté du parc industriel, qui affiche 30 ans d’âge, handicape la Sodecoton. Les campagnes d’égrenage se rallongent d’année en année, le stockage et la mouille du coton perd en qualité, la productivité s’affaiblit avec des rendements à l’égrenage d’au plus 44% et à l’huile de 15% seulement. Cela représente d’importantes pertes financières. D’où la nécessité de procéder à une modernisation du parc industriel de la Sodecoton. Cette dernière s’est engagée dans cette voie depuis 2016 avec quelques résultats intéressants. Sur fonds propres, elle a pu améliorer ses résultats opérationnels de 50 % à 90 %, portant les capacités de production de l’égrenage de 160.000 tonnes à 340.000 tonnes et celles des huileries de 73.000 à 150.000 tonnes. Dans le même temps, la Sodecoton a acquis 100 camions poly-bennes pour la collecte, dont 90 sur fonds propres, et renforcé ses capacités énergétiques par l’achat d’une cinquantaine de groupes électrogènes.
Mais c’est d’un véritable plan de réhabilitation et de modernisation que la Sodecoton a besoin. Il s’agit de doter l’entreprise d’infrastructures de production permettant d’atteindre les objectifs stratégiques assignés par la SND-30. A savoir 600 000 tonnes à l’horizon 2029, soit le double de la production actuelle et un rendement à l’hectare de 1 750 kg contre 1200 kg/ha en 2025. Un plan de financement de 160 milliards a été élaboré. Mais des besoins de financement immédiats et les sources de financement ont été identifiés. Il s’agit de la construction d’une nouvelle huilerie à Ngaoundéré (20 milliards, auprès d’Afriland First Bank), l’accroissement des capacités des huileries existantes (7 milliards, auprès de la Banque arabe pour le développement économique de l’Afrique – BADEA), la construction d’une usine d’égrenage à Gouna (8,5 milliards, auprès de l’Etat du Cameroun qui a déjà versé 3,5 milliards) et d’une autre de stockage (1,7 milliards, auprès de l’Etat).
Une autre usine d’égrenage est envisagée à Godola, de même que la modernisation des infrastructures existantes pour un montant de 26,3 milliards à financer par un prêt souverain de l’Agence française de développement (AFD). La Sodecoton est aussi engagé dans la construction de cinq centrales solaires de 10,8 MW crête (MWc) à hauteur de 9 milliards. 6,5 milliards sont attendus de l’Union européenne et la Sodecoton n’exclut de financer les 2,5 milliards restants. Au total, 66 milliards doivent être mobilisés pour permettre à la Sodecoton de ne pas décrocher dans la course pour la production et la transformation du coton graine, où elle est en concurrence avec des pays africains mais surtout avec le Bresil qui fait la course en tête.
Par ailleurs, la Sodecoton entre de plain-pied dans la transformation du textile à travers le projet Camtex (Cameroun textile) dont la mise en œuvre est prévue pour démarrer au cours de ce deuxième trimestre de 2026. Il s’agit de la construction d’une usine de fabrication textile de pointe à Douala et à Garoua d’un coût global de 180 milliards de FCFA. L’unité industrielle sera installée dans la zone de la Dibamba (30 hectares) et dédiée à la filature, au tricotage/tissage, à la teinture et aux finitions. Le site de Sanguéré à Garoua (65 hectares) accueillera un Centre de formation et d’excellence textile et des ateliers de confection et de couture. La construction des deux sites devrait durer 4 ans et le projet générer 12 000 emplois à Dibamba et 3 000 à Garoua.
La Sodecoton annonce que le projet Camtex permettre le traitement de 12 000 tonnes de coton pour satisfaire la demande locale de textile, notamment celle de l’armée. Mais le vra objectif de la Sodecoton est de pouvoir satisfaire la demande de l’Afrique centrale dont les chiffres feraient rêver n’importe quelle entreprise de textile. En effet, si la demande camerounaise est de soit 910 millions de m2 de tissu, celle de la sous-région se hisse à 3,1 milliards de m2 de tissu. Ce qui représente une valeur en Afrique centrale de plus de 660 milliards de FCFA. On comprend pourquoi le projet n’a pas eu du mal à sceller le pacte d’actionnaires. Le capital de Camtex est détenu par quatre acteurs Panafritex (51,1 %) la Sodecoton (24,9 %), la CNPS détient 20 % et Marlo Properties Fincorp (5 %).
