Révision constitutionnelle: Verbatim au sujet de la vice-présidence

Pendant la phase de l’examen du projet de loi portant révision de la Constitution introduite au parlement réuni en congrès par le président Paul Biya et adopté le 4 avril 2026, des acteurs de tous bords ont jugé la réintroduction dans dispositif institutionnel de la fonction de vice-président en tant que successeur constitutionnel du président de la République en cas de vacances au pouvoir. Pour l’histoire, nous rapportons quelques réactions-choc recueillies auprès des opérateurs politiques et de la société.

 

Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la Communication du RDPC

« Ce qui s’est passé ce jour, au Palais de verre Paul BIYA, est parfaitement légal et légitime (modification de certaines dispositions de la Constitution par le Congrès parlementaire). […] Sur 223 votants, la nouvelle Loi Fondamentale a été adoptée avec 205 voix pour, 16 voix contre et 2 abstentions. Le verdict des élus du peuple est donc apodictique. […]

Lorsqu’il aura promulgué la Loi dont les Députés et les Sénateurs ont adopté la modification de certaines dispositions, ce jour, il pourra nommer un vice-Président crédité d’importantes responsabilités historiques. Des sénateurs et députés qui représentent démocratiquement le peuple. Celles et ceux qui ont adopté ces amendements, ce jour, après des débats publics et sans complaisance, sont des élus du peuple souverain, libre et maitre de son destin, représentent donc tous les Camerounais. Tel est le fonctionnement- de la démocratie (suffrage universel direct pour les Députés et suffrage indirect pour les Sénateurs) ».

 

Jean Michel Nintcheu, député SDF

« C’est une provocation, c’est un coup d’Etat constitutionnel. Le Cameroun n’a pas été créé par Monsieur Biya. Nous passerons et le Cameroun restera. Ce projet de loi renforce et consacre de façon démentielle l’hégémonie sans limite du président de la République et l’affaiblissement abyssal corrélatif du peuple souverain. […]

Le vice-président devient de facto président de la République sans légitimité puisqu’il n’a pas été élu… Adopter ce projet de loi, c’est consacrer la succession nominative, dynastique sans passer par les urnes, sans consulter le peuple souverain.

Si le vice-président est élu dans un ticket président – vice-président, francophone anglophone, ce problème de légitimité ne se posera pas.

De quelle légitimité jouissent des députés dont le mandat a été prorogé deux fois de suite pour voter les réformes constitutionnelles annoncées ? C’est pourquoi je demande le rejet de ce projet de loi et ensuite le vote des réformes constitutionnelles par voie référendaire ! »

 

 

Pr. Félicité Owona Mfegue, universitaire, fille du Pr. Joseph Owona, père de la Constitution du 18 janvier 1996

« La révision constitutionnelle camerounaise de 2008 avait marqué une première rupture, comme une lézarde dans l’édifice. En abolissant la limitation des mandats présidentiels (article 6, alinéa 2 nouveau de la Constitution), elle a altéré le rythme naturel de l’alternance démocratique non “perpétuelle”. Le temps politique, qui devait être cyclique et renouvelé, laissa place à une « continuité » du pouvoir (bel euphémisme) qui échappe à l’esprit initial du texte.

Aujourd’hui, le projet de révision de 2026 suscite à son tour des interrogations subliminales autour de la figure perverse et bicéphale d’un vice-président aux côtés d’un Premier ministre déjà en place.

Ce Janus à double visage ne clarifie rien. Il trouble ! Il juxtapose. Il confond ! L’emprunt à des modèles étrangers, notamment présidentiels, se fait sans leurs contrepoids, sans leur logique interne. Le rôle autrefois attribué au Président du Sénat dans l’ordre de succession se trouve superposé et fait double emploi. »

 

 

 

Pr. Maurice Kamto, homme politique, président du MRC

« Il faut avoir contracté la vanité pour chercher, au soir de sa vie, à faire une extension de soi-même en un successeur qui pourrait, au mieux, vous ressembler, mais ne sera jamais vous-même. Il faut ignorer l’histoire des souverains les plus célèbres pour chercher au soir d’un long règne celui qui perpétuera votre règne et non pas votre œuvre. Si vous n’avez rien fait de grand, de beau et de durable, vous irez dans le tombeau avec votre médiocrité et le fracas de votre échec. N’abaissez pas les Hommes, élevez votre nation afin d’être un point lumineux dans leur ciel après la mort. C’est la seule démarche qui vaille pour les humains »

 

 

 

 

 

René Ze Nguele, sénateur RDPC nommé, ancien ministre

« Un vice-président appelé à remplacer le président, à gouverner les Camerounais, ne peut pas être taillable et corvéable à merci. Un texte qui dit qu’on nomme le vice-président ; il va faire quoi, il va devenir quoi, il est même quoi au sein de nous autres qui sommes aussi nommés ? Monsieur le Président de l’Assemblée nationale, Monsieur le ministre d’Etat [Laurent Esso, ndlr], la précipitation avec laquelle vous conduisez cette réforme est suspecte. Et c’est le peuple qui désigne les dirigeants. Quand les dirigeants empiètent sur les activités du peuple ça pose problème. On n’a plus de démocratie. On a tout, sauf cela. Cette réforme me pose problème ».

 

 

 

 

Jean-Baptiste Atemengue, maire RDPC de Ngoumou

« « Quand le sous-préfet, le préfet, le commandant de légion, le colonel, le général, le ministre ou le Premier Ministre exercent leur autorité, est-ce qu’ils sont élus ?

Ils ne le sont pas, mais c’est l’État. C’est une autorité déléguée. Même les magistrats, qui rendent des décisions « au nom du peuple », ne sont pas élus mais nommés après concours, prestation de serment et validation par la présidence. »

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